Comprendre le polyhandicap

Qu’est-ce que le polyhandicap ?

« Un déficit moteur grave issu d’un dysfonctionnement cérébral précoce, entraînant une mobilité extrêmement réduite et une restriction considérable de l’autonomie, associé à une déficience intellectuelle sévère ou profonde, auxquels s’ajoutent fréquemment des comorbidités multisystémiques, des déficits auditifs et/ou visuels et communicationnels ainsi que des troubles comportementaux et relationnels. Ces conditions génèrent une situation d’extrême vulnérabilité physique, psychique et sociale pour la personne atteinte et sa famille. »

Définition tirée de celle initialement énoncée en France (décret n° 2017-982 du 9 mai 2017) et adaptée au contexte nord-américain par le Centre Philou, des spécialistes du CHUM et du CHU Sainte-Justine, des parents et d’autres parties prenantes (2022). Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec le 4 juin 2026.

Le polyhandicap est une réalité spécifique et complexe. Les handicaps et les besoins ne s’additionnent pas : ils se multiplient.

Mais au-delà d’une définition, chaque personne polyhandicapée est unique, avec ses capacités, ses préférences et sa propre façon d’entrer en relation avec le monde.

Le polyhandicap en chiffres

3 000+

personnes polyhandicapées au Québec

1500

à Montréal, dont environ 800 adultes

60

naissances par année au Québec

Estimation à partir des données françaises de prévalence, ajustée aux naissances au Québec

0,04%

de la population québécoise

Les impacts sociaux du polyhandicap

Malgré le petit nombre de personnes polyhandicapées, l’impact psychosocial et économique est important. Au fardeau psychosocial, porté principalement par la famille, s’ajoute un fardeau économique partagé entre la famille, les services de santé publics et la société.

45 %1

des proches aidants voient leur bien-être physique et moral affecté par ce rôle

75 %

des parents ressentent une fatigue morale et du stress

44 570 $3

de coûts annuels médians assumés par les parents canadiens

2,5 × 2

plus de coûts de santé par enfant ayant un trouble du développement intellectuel, dont le polyhandicap est la forme la plus grave

110 M$4

par année en coûts socioéconomiques liés aux parents qui quittent le marché du travail

Sources : 1. Dutheil N. (2002), « Les aidants des adultes handicapés », DREES, Études et Résultats 186. 2. Shahat A.R.S., Greco G. (2021), The Economic Costs of Childhood Disability: A Literature Review, Int J Environ Res Public Health. 3. Genereaux D., van Karnebeek C.D., Birch P.H. (2015), Costs of caring for children with an intellectual developmental disorder. 4. Deloitte (2022), étude réalisée pour le Centre Philou. Nombre de personnes : estimations du CESP.

À l’origine du polyhandicap

1

Avant la naissance

Les causes anténatales surviennent pendant la grossesse. Elles comprennent notamment :

certaines anomalies génétiques ou chromosomiques
des malformations du cerveau
certaines maladies neurométaboliques
des infections contractées pendant la grossesse
des accidents vasculaires cérébraux survenus avant la naissance
certaines expositions toxiques

2

Autour de la naissance

Les causes périnatales surviennent à la fin de la grossesse, pendant l’accouchement ou dans les premiers jours de vie :

une grande prématurité
un manque important d’oxygène au cerveau
une hémorragie cérébrale
un accident vasculaire cérébral néonatal
une infection sévère
certaines complications médicales de la naissance

3

Après la naissance

Les causes postnatales surviennent pendant que le cerveau est encore en développement :

une méningite ou une encéphalite
un traumatisme crânien grave
une noyade ou un autre événement causant un manque prolongé d’oxygène
un accident vasculaire cérébral
une tumeur ou une autre maladie neurologique grave

Une santé à surveiller

L’épilepsie est très fréquente et peut commencer tôt dans la vie. Les crises peuvent prendre différentes formes et être difficiles à distinguer des mouvements habituels de la personne. Dans une étude citée par l’Inserm, 59 % des 155 participants présentaient une épilepsie.

Les infections, les aspirations de salive ou d’aliments, l’inefficacité de la toux, la faiblesse musculaire et les déformations de la colonne peuvent compromettre la respiration. Les troubles respiratoires constituent la première cause d’hospitalisation en urgence et de mortalité chez les personnes polyhandicapées.

Les difficultés à mâcher ou à avaler peuvent allonger considérablement les repas et augmenter le risque d’étouffement, d’aspiration et de dénutrition. Certaines personnes doivent être alimentées en partie ou entièrement par sonde (tube de gastrostomie). Le reflux gastro-œsophagien toucherait plus de la moitié des personnes dans plusieurs études. La constipation est également très fréquente et peut causer de la douleur, de l’irritabilité, une perte d’appétit ou une aggravation du reflux.

La scoliose, les déformations des hanches, les contractures et les luxations peuvent nuire au confort, à la position assise, aux soins d’hygiène, au sommeil et à la respiration. Dans l’une des cohortes rapportées par l’Inserm, 40 % des participants présentaient une scoliose. La faible mise en charge, certaines difficultés nutritionnelles et certains médicaments augmentent le risque de fragilité osseuse, d’ostéoporose et de fractures. Une fracture peut parfois se manifester seulement par des pleurs, un changement de tonus ou un refus d’être mobilisé.

La douleur est fréquente et peut avoir plusieurs causes : reflux, constipation, infection, problème dentaire, contracture, luxation, fracture, plaie, équipement mal ajusté ou position inconfortable. Puisque la personne ne peut pas toujours localiser ou décrire sa douleur, celle-ci risque d’être sous-estimée. Sa reconnaissance repose sur la connaissance de ses comportements habituels et sur des outils d’évaluation adaptés.

Les troubles du sommeil sont fréquents et peuvent avoir des répercussions sur la personne et sur toute sa famille.

Des problèmes dentaires et d’hygiène buccale, des infections urinaires, des problèmes dermatologiques, hormonaux ou liés à la puberté peuvent également nécessiter une surveillance particulière.

Sources : Inserm, expertise collective sur le polyhandicap (troubles respiratoires, alimentation, nutrition et digestion, épilepsie, orthopédie).

Voir au-delà des limitations

reconnaître des personnes, des voix, des lieux ou des routines
anticiper une activité à partir d’un objet, d’un son ou d’un geste
manifester son accord, son refus, son confort ou son inconfort
faire un choix entre deux possibilités
utiliser plus intentionnellement son regard, un mouvement ou un contacteur
participer à une activité sensorielle, musicale, artistique ou physique
établir des relations et exprimer du plaisir
maintenir ou améliorer certaines capacités motrices et posturales
Jeune personne polyhandicapée allongée sur un tapis d’éveil sensoriel coloré
Un groupe réuni autour d’une table dans une salle commune.

L’entourage le vit aussi

de l’information claire dès le diagnostic
une personne pour les aider à naviguer entre les services
du répit offert par des personnes compétentes
du soutien psychosocial et de l’aide à domicile
des équipements adaptés, des solutions de garde et de loisirs
du soutien pour la fratrie
une aide financière adéquate
une préparation des transitions et de l’avenir

Une réalité qui touche toutes les dimensions de la vie

Le polyhandicap entraîne des démarches nombreuses et souvent complexes pour obtenir les services, le matériel, le soutien financier et les adaptations nécessaires.

Les familles peuvent avoir à effectuer des démarches pour :

obtenir des services professionnels ou du soutien à domicile
faire évaluer, financer et remplacer des équipements
adapter le domicile ou le véhicule
organiser le transport adapté
accéder à des services de répit
obtenir des prestations, des crédits d’impôt ou des remboursements
établir les mesures de représentation légale appropriées
préparer la sécurité financière et résidentielle à long terme
défendre les droits de la personne dans ses différents milieux de vie

Des besoins qui évoluent tout au long de la vie

Une expertise propre au polyhandicap