
Mieux chez soi, la première politique de soutien à domicile depuis 2003
Québec a dévoilé le 29 janvier 2026 « Mieux chez soi », sa première politique nationale de soutien à domicile depuis 2003. Un proche aidant reconnu par le programme pourra être rémunéré 21 $ l’heure. Plusieurs modalités restent à préciser.
Par Camille BrosseauLinkedIn de Camille Brosseau (nouvelle fenêtre)
Directrice du développement stratégique · CESP
6 min de lecture

Beaucoup de familles qui accompagnent une personne polyhandicapée à domicile ont fini par organiser elles-mêmes ce que le réseau ne fournissait pas. Elles donnent les soins d’hygiène, préparent l’alimentation adaptée, administrent les médicaments, surveillent les signes d’une détérioration, coordonnent les rendez-vous et forment, l’une après l’autre, les personnes qui passent à la maison. Ce travail n’apparaît dans aucune colonne budgétaire, et il se fait souvent au prix de la vie professionnelle du parent qui le porte.
Le 29 janvier 2026, le gouvernement du Québec a dévoilé sa politique nationale de soutien à domicile intitulée « Mieux chez soi », présentée par Sonia Bélanger, ministre responsable des Services sociaux, des Aînés et des Proches aidants. Elle remplace la politique de 2003, « Chez soi : le premier choix », restée inchangée pendant plus de vingt ans. La mesure la plus commentée y figure : un proche aidant qui répond aux critères du programme peut être reconnu comme prestataire de services et rémunéré au taux de 21 $ l’heure, relevé de 20 $ l’heure. L’investissement total annoncé pour la politique atteint 107,2 millions de dollars.
Une politique qui remplace un texte vieux de plus de vingt ans
Pendant plus de vingt ans, le cadre de référence du soutien à domicile au Québec est demeuré celui de 2003. Entre-temps, les besoins, les technologies de soutien, les profils des personnes accompagnées et la composition du réseau ont changé. Le simple fait qu’une nouvelle politique nationale soit adoptée constitue donc un événement en soi pour les familles qui s’appuient sur ce cadre au quotidien.
La politique couvre à la fois les personnes âgées et les personnes en situation de handicap. Cette portée large est à la fois sa force et, comme nous le verrons, le point de friction que soulèvent depuis longtemps des familles d’enfants polyhandicapés.
Le CLSC redevient la porte d’entrée des services
Les orientations annoncées visent à permettre aux personnes de vivre à domicile le plus longtemps possible avec dignité, à coordonner les soins et services autour d’un projet de vie construit avec la personne, à repositionner le CLSC comme porte d’entrée principale des services, à simplifier l’accès et à éviter les ruptures de parcours.
Deux de ces orientations parlent directement aux familles en polyhandicap. La notion de projet de vie construit avec la personne suppose que l’organisation des services parte de ce que la personne vit et de ce qu’elle souhaite, plutôt que d’une grille d’actes. Et l’objectif d’éviter les ruptures de parcours renvoie à une réalité bien connue : les transitions, notamment le passage de l’enfance à l’âge adulte, sont les moments où les services disparaissent le plus souvent.
Un proche aidant peut devenir prestataire de services rémunéré
C’est la mesure qui a le plus retenu l’attention. Un proche aidant qui répond aux critères du programme peut être reconnu comme prestataire de services et rémunéré au taux de 21 $ l’heure, relevé de 20 $ l’heure, pour des soins tels que l’assistance à l’hygiène, l’aide à l’alimentation, l’administration de médicaments et les autres actes légalement permis.
L’accès suppose au préalable une évaluation des besoins de la personne aidée, laquelle détermine l’allocation disponible. C’est un point à bien saisir : la rémunération n’est pas une somme fixe attachée au statut de proche aidant, mais découle de l’évaluation des besoins de la personne accompagnée. Le nombre d’heures reconnues dépendra donc de cette évaluation.
Cette politique réaffirme clairement que le Québec choisit de reconnaître les EÉSAD […] comme partenaires essentiels
J. Benoit Caron, Réseau de coopération des EÉSAD, 2026
Les montants annoncés et ce qu’ils recouvrent
Le gouvernement a annoncé 1,1 million de dollars de bonification immédiate et 22,2 millions additionnels en 2026-2027, pour un investissement total de 107,2 millions pour la politique. Le programme d’aide domestique PEFSAD passe pour sa part de 21,3 millions en 2025-2026 à 39,3 millions en 2026-2027, soit un quasi-doublement de cette enveloppe précise.
Ces chiffres méritent d’être lus avec prudence, non pas parce qu’ils seraient incertains, mais parce qu’ils ne disent rien du nombre d’heures qui sera effectivement disponible dans une région donnée pour une personne au profil donné. C’est cette traduction en heures réelles qui déterminera l’effet de la politique sur une famille.
La réaction des entreprises d’économie sociale en aide à domicile
Le Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile a salué des orientations prometteuses. Son directeur général, J. Benoit Caron, a mis l’accent sur la reconnaissance des EÉSAD comme partenaires essentiels, dans les termes repris plus haut. Son président, Martin-Charles St-Pierre, a pour sa part déclaré : « Nous espérons voir se concrétiser l’élargissement du panier de services couverts par le PEFSAD ». La réaction complète du Réseau de coopération des EÉSAD est publiée sur son site.
Cette position est celle du Réseau, et le Centre d’expertise et de services en polyhandicap la rapporte comme telle. Elle est utile à connaître, parce que le panier de services couverts détermine très concrètement ce qu’une famille peut obtenir sans payer de sa poche.
Ce qui reste à préciser pour les familles en polyhandicap
Plusieurs éléments demeuraient à documenter. Les conditions d’admissibilité précises, les plafonds d’heures et l’application de la politique hors gériatrie n’étaient pas encore détaillés au moment de l’annonce. La ministre a indiqué qu’un plan de communication détaillé suivrait et que les personnes déjà inscrites aux programmes existants seraient informées les premières. Les modalités de rémunération des proches aidants ont été rapportées dans ces termes.
Enfin, le fait que la politique couvre d’un même souffle les aînés et les personnes handicapées est précisément le point de friction soulevé de longue date par des familles d’enfants polyhandicapés, qui demandent des enveloppes distinctes. Leur argument est simple : les besoins d’un enfant polyhandicapé de douze ans et ceux d’une personne âgée en perte d’autonomie ne se ressemblent pas, et une enveloppe commune expose la clientèle la moins nombreuse à être servie en dernier. Il faudra suivre les modalités d’application pour voir comment cette question sera traitée.
Ce qu’il faut retenir
- « Mieux chez soi » a été dévoilée le 29 janvier 2026 et remplace la politique de 2003.
- Le CLSC est repositionné comme porte d’entrée principale, et les services doivent s’organiser autour d’un projet de vie construit avec la personne.
- Un proche aidant reconnu par le programme peut être rémunéré 21 $ l’heure, taux relevé de 20 $ l’heure.
- L’accès suppose une évaluation préalable des besoins de la personne aidée, qui détermine l’allocation disponible.
- Investissement total de 107,2 millions de dollars, et PEFSAD porté de 21,3 à 39,3 millions en 2026-2027.
- Les conditions d’admissibilité, les plafonds d’heures et l’application hors gériatrie n’étaient pas encore détaillés au moment de l’annonce.






